Histoire du Luberon Jean Méhu
Logo de Jean Méhu

LE CHASSÉEN.

Vers 4.700-4.600 avant notre ère, une nouvelle céramique est apparue qui allait largement se répandre dans le troisième quart du V° millénaire. Déterminant la deuxième grande culture néolithique, elle a connu une large expansion puisqu'elle a fini par toucher tout le pays à l'exception des provinces de l'Est.
D'abord découverte à Chassey, en Saône-et-Loire, elle a tout naturellement été appelée Chasséen - assez malheureusement, d’ailleurs, car le faciès de Chassey offre beaucoup de particularismes par rapport au chasséen original, qu'il faut situer plus au sud.

CLIMAT ET VÉGÉTATION AU CHASSÉEN.

Dans notre région les débuts du Chasséen coïncident avec une régression des grands feuillus (et spécialement des chênes à feuillages caducs) au profit du chêne vert, qui se fait sentir dès le premier quart du V° millénaire, vers 4.900-4.800 avant notre ère.
S’agit-il d’une légère altération de la situation exceptionnelle d'optimum climatique qui prévalait jusque-là ? On s’est longuement posé la question. Mais le phénomène observé n’a guère trouvé de résonance dans les régions voisines, les Alpes notamment - rien de plus qu’une brève oscillation parmi d’autres à l’intérieur de la séquence atlantique, même si cet accident marque le commencement de la période que les climatologues ont appelée Atlantique récent.
C’est donc plutôt vers les activités humaines que l’on est tenté de se tourner pour expliquer ce changement. A cette époque, en effet, l’agriculture a pris partout une place capitale dans l’existence des hommes. Et les pratiques agricoles semblent s’être enrichies de l'écobuage, une technique qui consiste à « peler » le sol en arrachant herbe et mottes de terre qui sont ensuite brûlées ensemble pour fournir de l'engrais. Tous les brûlis et brûlages successifs auxquels les terres étaient soumises devaient donc les appauvrir assez rapidement, poussant les hommes à défricher plus loin. Or les sols épuisés et abandonnés fournissent un terrain très propice à l'expansion des chênes à feuillage persistant, chêne vert ou chêne kermès : c'est pourquoi on peut lire dans la progression de ces derniers le reflet d'une activité humaine qui en est venue à modifier les grands équilibres naturels - de préférence à une variation du climat…
Au même moment, on observe d'ailleurs que l'homme a souvent délaissé le fond des vallées pour les plateaux et les hauteurs, ce qui fournit encore l'indice d'une humidité persistante.
En fait, le climat doux et humide régnant alors depuis plus de deux mille ans semble avoir abouti fréquemment dans ces fonds de vallées, par accumulation de débris végétaux de toutes tailles, à la formation de vastes zones marécageuses ou spongieuses, assez proches des tourbières des zones océaniques telles que l’Irlande - mais moins pérennes puisqu'elles ne concernent que cette période, et qu'il en reste seulement quelques traces fossiles. Cette approche recoupe des observations effectuées jadis ici ou là, par exemple à Marican près de Lumières dans la vallée du Calavon1 - en même temps qu'elle renforce l'image d'un environnement se construisant en permanence, et ce jusque de manière intrinsèque, à partir de ses propres éléments, couche sur couche, dès lors qu'aucune grave modification des conditions naturelles ne vient précipiter les choses.

L’HABITAT AU CHASSÉEN.

Encore une fois, l'habitat s'est partagé au Chasséen entre abris sous roche (occupés saisonnièrement pour la plupart, quelquefois aménagés avec des cloisons et des planchers de rondins) et sites de plein air de plus en plus nombreux.
Partout on peut relever la présence de foyers bien agencés et pavés de galets, les plus appréciés parmi ces derniers ayant été les galets gréseux résistant mieux au feu et conservant mieux la chaleur que les galets calcaires.

La forme des cabanes ou l'organisation des habitats de plein air demeure malheureusement mal connue du fait des conditions naturelles ou de fouilles anciennes : tout au plus l'absence d'amoncellements de pierres plaide-t-elle en faveur de cabanes réalisées en matériaux légers (branchages, chaume, peaux, ou torchis).
Sur le site des Martins à Roussillon, on a reconnu deux zones empierrées (une aire et une grande cuvette) ainsi que deux structures linéaires que l’on a pu lier à des palissages2.

Dans le Luberon, même en considérant la durée du Chasséen (une centaine de générations de 15 ans) qui rend très aléatoire toute notion de contemporanéité, il y a eu comme partout extension sensible du peuplement. Comme l’a écrit J. Courtin en 1976, il n’est guère en Provence de grotte ou d’abri qui n’ait donné de matériel chasséen3.
Tous les types d'habitat ont ici été fréquentés. L'homme a vécu à Robion (station de Boulon, déjà occupé au Cardial), à Ménerbes (abri Soubeyras) aussi bien qu’à Roussillon (stations de la Petite Verrerie, des Martins, de Pied d’Armes), Lacoste (stations des Baquis, de la Font Pourquière), Bonnieux (stations des Contras, des Chapelins, des Fabrys), Gargas (station de la Bladayre), ou encore à Cheval-Blanc (grotte des Enfers, vallon et grande baume de Vidauque, Baume de Luce) et Mérindol (grotte des Epingles). Plus à l’est, à Saint-Martin-de-Castillon (abri du Castillon), à Viens (station de l’Arcouade), à Oppédette (abri de Gournié), à Vachères (stations du Plateau des Moulins et de Chausson) et à Reillanne (abris de Saint-Mitre) par exemple.
Au cœur même du Luberon, à Buoux, ses traces sont nombreuses dans le vallon de l’Aiguebrun tant aux Seguins qu’à la Baume Chabaud en aval sur la droite, ou à la Baume de Buoux un peu plus bas encore. Sur le plateau des Claparèdes, en plus de la station de la Brémonde à 1,5 km à l'est de Buoux, certains des grands sites que nous retrouverons au Néolithique final ont également déjà accueilli un habitat : c’est le cas notamment des sites de l’Escudelette, de Combe Reybaude, de Rocsalière, de l’Illet ou du Gest / Saint-Pons.Planche 037a - Le Luberon chasséen (ouest)Planche 037b - Le Luberon chasséen (est)

RITES FUNÉRAIRES AU CHASSÉEN : SÉPULTURES DES MARTINS À ROUSSILLON, BAUME DE BUOUX ET PUITS FUNERAIRE DE COUSTELLET.

Comme pour répondre à la variété de cet habitat, les rites funéraires semblent très divers, l'inhumation se faisant sur le lieu même de l'habitat, dans de petites grottes réservées à cet effet ou dans des structures isolées.
Aux Martins à Roussillon, sur le lieu de l’habitat, on a retrouvé quatre sépultures individuelles, qui présentaient des modes d’inhumation différents, dont une en sac. Ceci accréditerait l’hypothèse de plusieurs groupes et d’une fréquentation très étalée dans le temps.
Fouillé en 1884, l'abri de la Baume de Buoux déjà fugitivement occupé au Paléolithique, a pour sa part livré une douzaine de squelettes inhumés en position repliée, genoux ramenés au menton, d'une taille variant entre 1,48 m et 1,69 m4, ainsi qu'un mobilier funéraire surtout remarquable par un beau vase à anses en flûte de Pan et une intéressante aiguille en os, large, plate, recourbée et munie d’un double chas de plusieurs millimètres d’ouverture ayant vraisemblablement servi à coudre des peaux ensemble. Tous deux sont aujourd'hui perdus. Deux autres vases à anses en flûte de Pan, polytubées, ont été découverts dans le Chaos des Roches à Buoux (Grotte Dangereuse et Grotte du Feu).
A Coustellet, c’est un puits funéraire qui a été découvert en 1930 dans une gravière. Profond de 6,50 m, il contenait deux squelettes accroupis superposés, des débris de poterie, des ossements (de bœuf et de chien) ainsi qu’une lame de silex et un percuteur.

ÉLEVAGE, CHASSE ET PÊCHE AU CHASSÉEN.

Au Chasséen les ressources, déjà fort diversifiées au Cardial, se sont encore élargies - l'élevage et plus encore l'agriculture (dont les gros travaux au moins devaient s'effectuer en commun) ayant profité de l'accroissement régulier de la population.
Si l’on considère le nombre d’individus retrouvés dans les dépotoirs de cette époque, les ovicapridés sont restés dominants, mais les premiers troupeaux conséquents de bovidés ont fait leur apparition.
Les suidés, parmi lesquels il est toujours difficile de différencier les sangliers et les porcs - et parmi ceux-ci les animaux sauvages des animaux domestiques - demeuraient loin derrière, ce qui tendrait une fois de plus à les placer majoritairement parmi le gibier.
Les restes de chien se retrouvent partout. Pourtant le chien de berger ne serait pas connu avant les temps historiques5. Ce serait donc pour l'élimination de certains restes (os, abats inutilisables) et la lutte contre les prédateurs rôdant au voisinage de l'habitat qu'il aurait été employé - sans parler naturellement de la chasse.

Celle-ci ne procurait plus au Chasséen que 5 à 15 % des ressources carnées mais persistait en tant qu'activité secondaire, et peut-être déjà comme un passe-temps pour les hommes du V°-IV° millénaire. Outre les suidés, ce sont essentiellement mouflons, grands bœufs sauvages, cerfs, chevreuils et loups qui en ont fait les frais.
Enfin il convient de rajouter à ses ressources celles de la pêche. Même si celle-ci était bien sûr plus activement pratiquée sur le littoral - et jusqu'en haute mer, semble-t-il, au regard des restes de poissons retrouvés sur les sites côtiers - truites et écrevisses n'en devaient pas moins régaler souvent les populations du vallon de l'Aiguebrun.

AGRICULTURE ET CUEILLETTE AU CHASSÉEN.

Confirmant les bonnes dispositions climatiques, l'agriculture a connu un large développement : on a décrit plus haut la technique de l’écobuage et ses conséquences possibles sur l’environnement proche. En fait les défrichements déjà bien amorcés au Cardial ont atteint des proportions telles que les pollens recueillis dans les niveaux chasséens de certains sites ne renferment parfois plus aucune trace d'arbre ou d'arbuste.
Il faut certes prendre en compte le rôle qu'a pu jouer le pacage intensif succédant aux cultures sur des sols rapidement épuisés : sans doute lié à l’importance du cheptel bovin et caprin, il a sûrement contrarié et parfois même totalement empêché la repousse des arbres.
Mais c'est avant tout la mise en culture autour de ces habitats de superficies beaucoup plus conséquentes qui est ici en cause - ne serait-ce qu'en élargissant considérablement l'aire des terres épuisées laissées aux troupeaux.

L'homme a continué de cultiver couramment le blé tendre (Triticum aestivo compactum) et l'escourgeon à grains nus du cardial, mais de nouvelles céréales les ont rejoints : c'est l'époque du développement des grains vêtus.
L'escourgeon (Hordeum vulgare) à grains vêtus, qui allait devenir prédominant à l'âge du bronze et au premier âge du fer, est donc venu se mêler à la variété à grains nus. Mais ce n'est pas tout. L'amidonnier à grain vêtu (Triticum dicoccum) a également fait son apparition en Provence. Originaire du croissant fertile, on l'a trouvé entre autres à Salernes dans le Var et à Montpezat dans les Alpes-de-Haute-Provence au début du IV° millénaire. Plus tôt (vers 5.200 avant J.-C.) on le rencontrait déjà sur le site de Gonvillars en Haute-Saône (civilisation du Néolithique ancien rubané) au bout du grand axe alpin Danube-Rhin-Rhône6. L'amidonnier a été la céréale la plus semée durant l'Antiquité : on l'identifie au kussemet de l'Ancien Testament, à l'olyra des Grecs ou au far des Latins. De nos jours il est encore cultivé en Europe centrale, dans les Balkans, en Espagne et en Afrique du Nord où il est mélangé à d'autres céréales… Avec l’amidonnier, enfin, s’est répandu l'engrain ou grain vêtu (Triticum monoccum) qui était lui aussi présent à Gonvillars vers 5.200 avant notre ère : céréale secondaire en dépit d'une assez remarquable capacité à se satisfaire de sols médiocres, on l'a toujours rencontré en association avec celui-ci et il ne semble pas qu'il ait été planté intentionnellement.

L'expansion des grains vêtus, et spécialement de l'amidonnier, va de pair avec le développement de l’habitude de griller des céréales. A l'origine, cette pratique avait pour but de séparer les grains de leurs balles7 : en plaçant les épis sur une aire de galets fortement chauffés, celles-ci se consumaient et libéraient les grains dont la capacité de conservation se trouvait par ailleurs accrue.
La méthode n'avait pas que des avantages : lorsque les pierres étaient par trop brûlantes, les grains carbonisés étaient perdus pour les hommes préhistoriques - mais pas pour les archéologues auxquels ils fournissent de précieux renseignements !
La technique en tout cas a connu un tel succès que la torréfaction du far, ritualisée, constituait l'une des coutumes immémoriales de Rome8

Dans ce contexte, la cueillette (dont la pratique s'est vue repoussée loin des habitats par la croissance des zones de pacage et de culture) aurait pu voir sa part décliner sensiblement dans les ressources.
Il n'en est rien : ses produits demeurent au contraire bien représentés - en particulier les légumineuses, au point que l'on s'est parfois demandé si leur mise en culture ne devait pas être sérieusement envisagée ici.

LA POTERIE AU CHASSÉEN.

Comme à bien d'autres époques, le renforcement des activités vivrières est alors allé de pair avec une expansion et un enrichissement des techniques artisanales.
C'est son excellente facture qui signale en premier lieu la céramique chasséenne. Soigneusement lissée et même polie à sec avant cuisson avec des outils en os, elle possède bien souvent une qualité proche de la perfection : l'épaisseur des pièces, qui dépasse rarement 1 à 1,5 cm, n'est que de 3 mm sur certaines écuelles !

On trouve alors de nombreux vases à fond rond (en forme de sphère un peu écrasée surmontée d'un large cylindre formant col) mais aussi quelques vases à fond aplati.
Des écuelles carénées et des assiettes à rebord témoignent d'une fabrication répondant à des besoins variés et précis.
Les louches sont devenues assez rares, mais l'on rencontre alors les premières faisselles en céramique qui attestent l'intérêt qui était encore porté aux produits laitiers.

La cuisson a été le plus souvent cette fois-ci effectuée « à l'étouffée », en milieu clos et à l'abri de tout courant d'air. L'opération a donc absorbé tout l'oxygène disponible, et le carbone issu de la combustion s'est déposé sur les vases dont il a bouché les pores. On parle alors de cuisson réductrice. Outre des teintes sombres (gris, noir, brun-rouge ou brun noirâtre) qui les démarquent nettement des exemplaires de la période précédente, les vases y ont acquis une surface plus lisse ainsi qu’une meilleure étanchéité.
Dans ces conditions, on pourrait peut-être lier la raréfaction du décor que l'on peut observer sur les vases du Chasséen aux progrès techniques - qui ont rendu la poterie belle par elle-même.
Les rares ornementations font appel à des incisions (réalisées à cru, à sec ou à cuit) qui dessinent des motifs géométriques parfois rehaussés de blanc ou de rouge dans la tradition de certains vases du Cardial. On trouve aussi des cordons, des boutons ou des mamelons : ils sont obtenus cette fois-ci en repoussant l'argile depuis l'intérieur du vase avec un petit bâton ou un poinçon émoussé et non plus, comme c'était le cas auparavant, par applicage - un peu comme s'il y avait eu réticence à altérer la perfection de la surface… Les anses en « flûte de Pan » que l’on a déjà rencontrées à la Baume de Buoux et dans le Chaos des Roches constituent l’élément le plus original de cet ensemble : il s'agit de tubulures verticales juxtaposées sur les flancs du vase, certainement destinées à le saisir ou à le suspendre.Planche 038. Industries provençales du Chasséen. Poterie, industrie osseuse

Marginalement la céramique témoigne par ailleurs au Chasséen de nouvelles activités jusque-là mal connues : c'est le cas du tissage qui est attesté sans ambiguïté par les premiers poids de métiers à tisser dont on connaît également quelques exemplaires en pierre.Planche 039 - Au Néolithique moyen, les premiers tissages
Selon le modèle figuré sur certains vases hallstattiens ou grecs on peut imaginer des métiers archaïques, composés d'un cadre de bois sur lequel les fils de trame étaient tendus par des pesons attachés à chacun d'entre eux.
Ces poids ne rendent pas forcément compte de l’invention du tissage car on connaît à Sumer et en Egypte des représentations de scène de tissage avec des métiers horizontaux où les fils de chaîne étaient tendus sur des branches disposées à leurs deux extrémités. Au moins est-on sûr grâce à ces représentations de la pratique de cette activité : en leur absence, les métiers de type sumérien n’ont pas laissé de traces.
On découvre aussi dans ces niveaux les premières fusaïoles. Il s'agit de petits disques percés, en céramique également, qui ont à l'origine servi de pesons destinés aux fuseaux : enfilée sur son extrémité inférieure, la fusaïole accompagnait l'élan donné au mouvement rotatif de l'instrument - ou bien encore elle servait directement de « toupie à filer ». Plus tard, enfilées sur des épingles, les fusaïoles serviront aussi d’élément de parure ou de fibules rudimentaires.

L’OUTILLAGE ET LA PARURE AU CHASSÉEN.

Porté par le même élan créateur, l'outillage en pierre ou en bois a connu une évolution sensible.
Le silex, et plus particulièrement le silex blond, est resté le matériau privilégié de l'industrie lithique, là où les populations du Cardial, moins difficiles, s’accommodaient encore de quartz et de quartzite : peut-être y a-t-il eu, comme pour la poterie, recherche d’une qualité supérieure.
Quelques pièces en obsidienne, apparemment importées de Sardaigne ou directement de Lipari, ont été retrouvées : c'est le cas à Buoux où une pointe taillée aurait été découverte jadis le long du chemin reliant le village au château.
Mais ceci ne représente rien à côté des quantités énormes d'outils produits par les vastes ateliers de taille en plein air qui se développent ici ou là, entre Murs et Gordes par exemple ou plus à l’est autour du bassin du Largue (Saint-Michel, Aubenas-les-Alpes, Vachères). Des dizaines de milliers d'outils y ont été retrouvés en compagnie des maillets en quartzite, en serpentine ou en calcaire qui ont servi à les façonner9.
Sans doute ces ateliers alimentaient-ils des échanges régionaux10, voire inter-régionaux, dont rend compte également l'apparition de céréales nouvelles. Culture méridionale, le Chasséen a essaimé à travers tout le pays à la faveur de migrations, d'expéditions lointaines menées ici ou là par quelques aventuriers - ou encore, plus simplement, de sauts de puce successifs, de contacts établis d'une tribu à l'autre, et de cette autre à une autre encore…

L'industrie de la pierre taillée a alors renoué avec une tendance au microlithisme quelque peu oubliée au cardial.
Burins et perçoirs sont nombreux. Tranchets et pointes de flèches, perçantes ou tranchantes, perpétuent la tradition des formes géométriques. Les éléments de faucille, au lustré caractéristique, abondent : certains d'entre eux conservent la trace de la résine qui servait à les fixer sur une branche courbe ou éventuellement un bois de cerf.Planche 040 - Industries provençales du Chasséen. Industrie lithique, poterie

L'outillage en pierre polie était toujours fabriqué majoritairement dans cette roche verte que l'on dit « durancienne » par référence à la rivière et à ses affluents.
Haches et herminettes sont le plus souvent de faibles dimensions (4 à 6 cm). Les plus petites d’entre elles, des ciseaux (comme au Cardial), sont assez nombreuses, ce qui pourrait traduire un essor du travail du bois. Toutes ont reçu un polissage intégral.

L'industrie osseuse fournit des aiguilles à chas, des poinçons et des épingles utilisées vraisemblablement pour la parure.
Certains os longs, appointés, ont pu servir de poignards tandis que spatules, lissoirs et estèques en os sont toujours bien représentés.

Malgré la présence de cervidés (bien attestés dans les restes de faune), leurs bois semblent avoir été peu employés en dehors de « tampons » reliant les haches à leur manche (destinés à absorber une partie du choc lors de la frappe) et pour réaliser des manches de faucilles.

Quant aux objets de parure, confirmant le goût des Chasséens pour la sobriété, ils sont finalement assez pauvres et sans caractère particulier : seules les moules, utilisées comme ornement, ont eu une répartition assez vaste, atteignant jusqu'à des sites éloignés de la mer.
Quant à l’ocre, si elle a parfois été employée pour quelques décors céramiques, rien ne permet vraiment d’envisager son usage à des fins de peinture corporelle.

Histoire du Luberon - Copyright © 2004-2008 Jean Méhu

Conception & réalisation : XP-Internet