Histoire du Luberon Jean Méhu
Logo de Jean Méhu

LES TEMPS BARBARES.

PARTAGES MÉROVINGIENS.

Si l'on considère l'importance des troupes auxiliaires des deux armées engagées, aux Champs Catalauniques ce sont déjà des Germains (Gépides, Ostrogoths…) qui se sont heurtés à d'autres Germains (Wisigoths, Francs, Burgondes…), bien davantage que des Huns à des Romains.
Attila et Aetius, qui avaient été amis avant de se combattre (Aetius avait été otage à la cour des Huns), sont morts en 453 et 454. Et tandis que l'empire des Huns était écrasé par les Gépides, l'Empire romain d'Occident, décapité par les Hérules, allait tomber sous la coupe des Ostrogoths, des Francs, des Burgondes et des Wisigoths.

En 476-477, alors qu'un royaume gallo-romain survivait quelques années en Ile-de-France, les Barbares se sont partagé la Provence : les Wisigoths tenaient la région située au sud et à l'est de la Durance, les Burgondes se sont octroyé le pays entre la rivière et le Rhône…
En 507 Clovis1, le roi des Francs, petit-fils du légendaire Mérovée qui combattit à leurs côtés aux Champs Catalauniques, a écrasé les Wisigoths à Vouillé dans la Vienne – et ceux-ci ont dû céder leur Provence aux Ostrogoths, devenus entre-temps les maîtres de l'Italie.
En 511, Clovis est mort. Ses quatre fils se sont partagé le royaume : Clodomir est devenu roi d'Orléans, Childebert roi de Paris, Clotaire de Soissons et Théodoric de Metz.
En 524, Clodomir a été tué à Véseronce, dans l'Isère, en combattant les Burgondes : aussitôt Childebert et Clotaire ont fait assassiner leurs neveux, qui prétendaient au trône, et se sont distribué son royaume en 526.
Huit ans plus tard, en 534, c'est Théodoric qui est mort. Son fils Théodebert lui a succédé.
Après la Burgondie en 534, les rois francs ont annexé la Provence en 536. Ils se la sont aussitôt partagée.
De nombreux découpages, tout aussi éphémères les uns que les autres, se sont alors succédé. En 538 enfin, Clotaire, après la disparition de tous ses frères et neveux, a réuni les trois royaumes sous son autorité. Mais avant de mourir en 561, il a re-divisé le pays en trois parties (Austrasie, Neustrie et Burgondie) pour ses trois fils : immédiatement les luttes ont repris. Elles allaient durer jusqu'au VII° siècle, ponctuées d'assassinats et d'exécutions sauvages.

UNE TRADITION GUERRIÈRE ET SEMI-NOMADE.

Pour les gens qui vivaient dans l’Empire romain - les petites gens - celui-ci a d’abord incarné, longtemps, la paix civile dans le cadre d'un Etat où un recours pouvait s'exercer par la voie du droit garanti par une loi écrite.
Certes celle-ci s'était rapidement confondue avec les décrets impériaux - et trop souvent alors elle avait été bafouée ou détournée à leur profit par les affairistes et les dignitaires qui suggéraient ces décrets, quand ce n'était pas directement par l'empereur lui-même au gré de ses besoins. L'image que l'on garde fréquemment de l'empire en pleine décomposition, celle d'un peuple écrasé d'impôts par ses maîtres, de plus en plus incapables d'administrer l'Etat, n'a rien d'exagéré - même si elle est, malheureusement, transposable à d'autres époques bien plus proches de nous.
Avec Rome a donc sombré un mode de vie reposant sur la paix civile et sur une certaine idée du droit, même si ceux-ci étaient devenus bien relatifs au V° siècle. L’Occident moderne, même s’il est abreuvé d’informations, a oublié ce que signifie concrètement de s’endormir le soir avec la peur de s’éveiller dans la nuit face à la violence crue, à la torture, au viol ou au meurtre.
Dans tous les territoires qu'ils ont soumis, quoique plus spécialement dans le nord des Gaules, les Barbares ont redonné la primauté à la force brute. Quoiqu’ils aient établi des codes de droit entre 470 et 511, les jugements renvoyaient souvent à l'ordalie (jugement de Dieu) qui visait plus à la distraction sadique des masses et de leurs maîtres, jadis dévolue aux jeux du cirque, qu'à la recherche d'une quelconque justice.
Très rapidement, la question permanente de la survie a limité la connaissance et sa recherche à une frange étroite de la population - celle dont la vie était la moins précaire - en même temps qu'elle a favorisé l’émergence de dogmes et de vérités populaires très simples, qui ne nécessitaient pas d'approfondissement.
Il n'est donc bientôt plus resté chez les Francs que les membres de la haute aristocratie, des religieux, et quelques marchands, pour savoir lire et surtout écrire. Les rois mérovingiens étaient certes encore capables de signer de leur main un document, là où les souverains carolingiens feraient apposer un simple cachet, mais leurs occupations étaient ailleurs que dans l’étude et la recherche du savoir : bâfrer, guerroyer, boire, chasser, piller, violer… dans l’ordre que l’on veut. Et sans doute ne pouvait-il en être autrement : pour s’imposer il fallait avant tout être le plus fort, le plus sauvage, le plus féroce. Le savoir venait après.

L'Eglise seule a pu tenter de s’ériger en contre-pouvoir possible après que Clovis eut vers 500, suivant la formule consacrée des livres d'Histoire de notre enfance, « embrassé le culte de Clotilde ». Les vieilles familles sénatoriales gallo-romaines ne s'y sont pas trompées : de Sidoine Apollinaire (430-486, évêque de Clermont-Ferrand en 471) à Grégoire de Tours (538-593, évêque de Tours en 573) leurs membres les plus éminents se sont jetés dans la carrière religieuse comme leurs lointains ancêtres indigènes s’étaient précipités dans la romanité.

Certes tout n’était pas aussi noir. Il existe des activités où les Mérovingiens excellaient. On a souvent relevé, dans le passé, les analogies qui existent entre Celtes et Germains pour le mobilier métallique. C'est surtout vrai pour l'armement et la parure2. Et de fait on a parfois l'impression, en considérant ceux-ci, que l'époque romaine n'a finalement constitué qu'une parenthèse, que l’on se trouve là devant un… troisième âge du fer.
Il y a des différences, pourtant, et elles sont essentielles. Les forgerons mérovingiens étaient en fait très supérieurs à ceux de La Tène, pourtant fort habiles. Mais comme aux premiers temps des âges des métaux, ils étaient dépositaires d'un savoir ancré dans la magie plutôt qu’inscrit dans une démarche technologique : le géant Mimir qui forgea jadis l'épée de Sigfried qu'il avait élevé, le forgeron Wieland qui tenait son savoir de Mimir et des nains de la montagne, n’étaient semble-t-il jamais bien loin… Hanté par ses origines, leur savoir-faire a donc reculé avec les anciens dieux. Maîtres dans l’art du corroyage (qui permet de mêler dans une même pièce plusieurs aciers lui donnant chacun ses qualités), les grands forgerons mérovingiens ont donc fabriqué des épées que leur damas rendait bien meilleures que les armes romaines. Mais ils ne se seraient toutefois pas abaissés à réaliser des objets aussi vulgaires que des instruments aratoires, ni à galvauder leurs connaissances en enseignant à d’autres comment fabriquer ceux-ci.
Les Celtes en leur temps avaient su être des paysans tout autant que des guerriers, et leur maîtrise en matière de métallurgie avait trouvé de remarquables applications agricoles ou artisanales. Cela ne faisait pas partie des traditions des Francs.

Avides de prédation plutôt que de conquête, ceux-ci se sont montrés également inaptes à s’occuper des territoires que leur violence avait soumis à leur pouvoir : sommaire, leur économie se réduisait à une agriculture de subsistance dans laquelle les outils comme les façons agricoles en sont revenus rapidement à un niveau très rudimentaire, tandis que les troupeaux étaient décimés par les épizooties. Disettes et famines se sont donc multipliées dans les royaumes francs, et la sous-alimentation chronique a favorisé la propagation des maladies. Au VI° comme au VII° siècle, la variole ou les dysenteries, voire le choléra, ont fait des ravages tandis que la lèpre sévissait à l'état endémique.

LA PROVENCE : UN ÎLOT DE TRANQUILLITÉ… RELATIVE.

Tous ces fléaux ont peu touché la Provence. Celle-ci a conservé, jusqu'à la fin du VI° et le début du VII° siècle au moins, une certaine tranquillité.
Une noblesse franque est venue s’installer dans la région après 536. Elle a dû s’allier aux grandes familles d'origine gallo-romaine, un peu comme les Celtes du deuxième âge du fer s’étaient alliés aux dynastes ligures. Mais son influence paraît avoir été assez limitée : pour parler en Romain, on pourrait dire que comblée de dignitas (c'est-à-dire d'honneurs), elle n'a certainement jamais eu beaucoup d'auctoritas (de pouvoir politique réel). Très romanisée, relativement épargnée par les destructions qui ont marqué la fin de l'empire en Italie ou dans le nord des Gaules, la Provence a donc réussi à rester la Provincia, cette terre d'exception dont Pline vantait déjà la civilisation et sur laquelle rayonnait au VI° s. l'autorité de l'évêque d'Arles.

La Méditerranée avait cessé d'être la mer intérieure, nostrum mare… Les échanges se sont donc ralentis. Mais des colonies de Syri, nom générique sous lequel on désignait les trafiquants aussi bien grecs que juifs, levantins ou égyptiens, sont attestées jusqu'en plein cœur des royaumes francs par les précieux témoignages que sont l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, ou La vie de Saint-Colomban de Jonas de Bobbio. Les ports provençaux sont donc restés des portes ouvertes sur la Méditerranée. Et Marseille a retrouvé un rôle important dans ces trafics, peut-être parce que les Syri parlaient grec et que la cité phocéenne avait conservé une tradition plus forte de sa langue originelle. Outre les vins étrangers, le commerce méditerranéen portait sur les épices, les tissus orientaux, l'huile d'olive ou encore le papyrus - ce dernier, il est vrai, davantage pour la vieille Provincia qui refusait de mourir, mais aussi pour le reste des royaumes francs.

Dans le dernier quart de ce siècle, pourtant, l’étoile de la Provence a pâli avec l’entrée en scène d’un nouveau peuple germanique : les Lombards. Vers 575, tandis qu’ils étaient en train de conquérir l'Italie du Nord, ceux-ci ont lancé une expédition en direction d'Arles : Barcelonnette dans les Alpes, Embrun, Sisteron, Apt et Cavaillon le long de l'antique voie Domitienne ont été mises à sac… Et pour couronner, le tout dans les dernières années du VI° siècle la peste, qui avait gagné Marseille depuis l'Orient, est venue semer la terreur.

LE LUBERON MÉROVINGIEN.

Dans le Luberon la trame de l'histoire demeure obscure et difficile à saisir, les vestiges étant d’interprétation malaisée en l’absence d’un contexte clair.
D'une manière générale, les centres érémitiques du V° siècle ont souvent cédé la place à des monastères ou des abbayes. L’insécurité et des difficultés d'intendance ont en effet poussé les religieux à adopter la vie en communauté. Dans le même temps, l'Eglise a vu croître l'influence d'évêques venus de vieilles familles patriciennes sans plus passer par le « désert » - et assez réservés quant aux saints ermites, jugés parfois un peu… encombrants. L'heure n'était donc plus à des modèles orientaux, mais à ceux de Colomban l’Irlandais3 et de ses disciples, fondateurs des trois établissements monastiques d'Annegray, Luxeuil et Fontaine-les-Luxeuil en Haute-Saône, puis de ceux de Bregenz près du lac de Constance, de Bobbio dans l'Apennin ligure et encore de Saint-Gall en Suisse.
Sans doute un établissement monastique a-t-il succédé au centre érémitique fondé par Castor : le premier grand historien de la région, Joseph-François de Rémerville, qui semble avoir eu accès au XVII° siècle à des documents aujourd'hui perdus, a signalé l’existence d’une abbaye Beata Maria intervallis (d'entrevaux) ou de vallis cellarum (de la vallée des cellules) qu'il a relativement mal située dans le temps et dans l'espace. Un doute subsiste avec Carluc, à Céreste, où l'établissement a été dédié à Sainte-Marie, Saint-Pierre et Saint-Jean-Baptiste4 : on ne sait toujours pas si la tumulatio ad sanctum est liée sur ce site à la retraite que l’abbé Archinric de Montmajour y fit (des premières années du XI° siècle jusqu’à sa mort survenue en 1021), ou si l’abbé lui-même avait choisi Carluc parce que reposaient là quelques anachorètes ou moines dont la réputation avait franchi les siècles. Au demeurant les deux hypothèses ne s’excluent pas. Mais Rémerville, non sans quelque hésitation il est vrai, a placé l’abbaye Beata Maria intervallis ou de vallis cellarum au-delà de Rocsalière. Cela pourrait donc désigner les abords de Moulin-Clos.
Il est certain en tout cas qu'en ces temps troublés la mémoire des ermites du vallon de l'Aiguebrun a engendré un élan de foi populaire au pied du Fort de Buoux : le site de Saint-Germain dont l'occupation s'étale jusqu'au XI° siècle, est là pour en témoigner - même si une certaine imprécision reste la règle.
Au pied de la falaise de Moulin-Clos subsistent en tout cas de nombreuses traces d'aménagement (entailles dans le rocher, salles aujourd'hui souterraines parfois murées par les effondrements) dont certaines pourraient être attribuées à un établissement ayant pris la suite du centre érémitique de Castor.

On connaît un autre témoin de la ferveur des populations du Luberon. On l’a trouvé aux Tourettes, près d’Apt. Il s'agit d'une vasque en marbre blanc, datée de la seconde moitié du VI° siècle. Ses côtés étaient ornés de losanges, probablement garnis à l'origine de verroterie tout comme le tombeau de Vénasque attribué à l'évêque Bœthius (début du VII° s.). Sur sa face principale un chrisme entouré de l'alpha et de l'oméga, gravés eux aussi dans le marbre, devait être recouvert d'un monogramme en bronze dont subsistent les trous de fixations. Autour de ce chrisme, enfin, une inscription en grec, qui était la langue liturgique au temps de Césaire d'Arles (première moitié du VI° siècle),

νιψαμενος προσευχου

      « Fais ta prière après t'être lavé » 5,

invitait les fidèles à procéder à quelques ablutions avant de se recueillir : changement radical avec les premiers anachorètes d'Orient qui, confondant sainteté et saleté, se signalaient selon les témoins de l'époque par leur odeur pestilentielle ! Et au-delà, peut-être, traduction du rôle de mentor que les maîtres de l'Eglise du VI° siècle entendaient bien jouer, jusque dans une certaine prophylaxie.

Ce témoin nous permet d’aborder un autre aspect de la foi dans les campagnes. Tandis que les centres érémitiques faisaient place à des monastères et à des abbayes, de nombreuses églises et chapelles privées ont en effet vu le jour.
Il faut dire que certaines grandes familles gallo-romaines ont fourni de véritables dynasties d'évêques6, et un véritable clientélisme épiscopal a souvent pris la suite du vieux clientélisme sénatorial. Jadis on affichait son allégeance à telle ou telle puissante famille à laquelle on était redevable ou dont on pouvait espérer tirer quelque soutien dans l'adversité. De la même façon la fondation d’une chapelle privée sur un domaine, au-delà d'une foi aiguisée par l'incertitude des temps, tendait sans doute à affirmer clairement la protection que le maître des lieux était en droit d'attendre de l'évêque - seule autorité susceptible de s'opposer à la force brute si celle-ci devenait menaçante.
Certaines de ces chapelles allaient donner naissance à des sanctuaires célèbres.

L'exemple du prieuré de Salagon à Mane, quoiqu'il soit en marge de notre zone de référence, est à ce titre fort intéressant. A partir du milieu du I° siècle de notre ère, le site a abrité une villa de dimensions relativement modestes (30 m x 30 m). Au VI° siècle une petite chapelle privée, dédiée à saint Laurent, a vu le jour un peu à l'écart de l'habitat antique auquel elle devait être rattachée. Dans le courant toujours du VI° ou au début du VII° siècle, des tombes sont venues se presser contre cette chapelle : le phénomène pourrait s'expliquer tout aussi bien par le succès du culte rendu en ce lieu que par la présence des restes d'un saint homme engendrant une tumulatio ad sanctum. A une tombe sous tuiles en bâtière ont en effet succédé une tombe sous lauzes en bâtière puis des sarcophages quadrangulaires en pierre7 offrant pour quelques-uns d'entre eux le même aménagement céphalique (« repose-nuque ») que certaines tombes de Saint-Germain à Buoux creusées à même le roc.
Les tombes en bâtière sont formées par deux rangées de 4 ou 5 grandes tuiles plates de tradition gallo-romaine (tegulae), affrontées pour former une nef recouvrant le défunt. Comme sur un toit, ces grandes tuiles sont recouvertes à leur jonction par des tuiles rondes (imbrices) qui garnissent aussi parfois le faîtage de l'édifice, terminé à chaque extrémité par une tegula appuyée perpendiculairement contre les autres. Malheureusement ce type de tombe est connu du V° au VII° siècle8 : il n'apporte donc aucune précision chronologique ! Même chose à Buoux où des tombes en bâtière, sous lauzes cette fois-ci, dispersées lors des aménagements du chemin du Fort, ont succédé à des sarcophages creusés dans le rocher. La chronologie de ces tombes sous lauzes en bâtière s'étale du VI° aux VIII°-IX° siècles. Elle n’apporte pas donc plus de précision que les tombes sous tuiles en bâtière, et guère plus que les sarcophages en pierres taillées, ou ceux creusés dans la pierre comme les tombes primitives de Buoux, dont il semble que l’on puisse trouver des exemples jusqu’aux XI-XII° s., à Carluc par exemple.

On n'a pas dans le Luberon d'exemple de villa des VI°-VII° siècles. Mais le cas de Mane n'est pas sans susciter des comparaisons.
Aux Tourettes l'autel du VI° siècle mentionné ci-dessus a été retrouvé sur le site même qui a livré jadis une statue de Minerve près de la dédicace d'un Optatus fils de Fronton et l'inscription célébrant le cheval d'Hadrien. Il y a donc tout lieu de croire qu'il y avait là au II° siècle une fort belle villa. Celle-ci a-t-elle survécu jusqu'au VI° siècle ? Comme à Mane elle aurait alors pu abriter une chapelle privée, érigée sur l'emplacement d'un temple de villa dédié à Minerve, sur laquelle l'abbaye de Saint-Pierre-des-Tourettes se serait établie plus tard.
A Saignon l'abbaye Saint-Eusèbe se dresse elle aussi sur un site gallo-romain : l'entablement de marbre au nom de Valérius Fronton, que l'on y a retrouvé, en témoigne - comme il témoigne encore de la permanence des lieux de culte s’il provient bien, comme on le croit, d'un petit temple privé. Il y avait en tout cas dans les environs une belle villa, peut-être un palais rural des Fronton. Là encore l'hypothèse d'une chapelle privée transformée en sanctuaire peut donc trouver place9.
En pays d'Aigues, à Sannes, c'est à proximité des vestiges d'une villa - assez riche au vu du sarcophage paléochrétien du IV° siècle évoqué plus haut - que l'on retrouvera au XI° siècle le prieuré Saint-Pierre-de-Assana, dont subsiste aujourd'hui la modeste chapelle Saint-Pierre.
Et à Ansouis, le prieuré Saint-Etienne-de-Bornas (Saint-Estève, au nord-est du village) possession de l'abbaye de Psalmody en 1099, a réoccupé un site gallo-romain par ailleurs fort riche en tombes sous tuiles.

A Salagon, c'est le hasard des fouilles du prieuré qui a révélé l'existence d'une villa - et celle-ci n'a pas été fouillée pour elle-même. Il demeure donc difficile, à partir d'un exemple isolé, d'envisager l'histoire des villae rurales de la région pendant l’Antiquité tardive.
Mais le cas de Mane nous permet de distinguer clairement que certaines villae d'origine gallo-romaine (parfois ancienne puisque celle-ci remontait au début du I° siècle) existaient encore au VI° siècle. Par ailleurs les sites de Salagon, Saint-Eusèbe, Saint-Pierre-des-Tourettes et Saint-Pierre de Sannes se trouvaient à proximité immédiate d'une voie romaine. A Mane il semble même qu'une voie particulière ait relié la villa de Salagon à la voie Domitienne qui passait près du grand Tavernoure, la Camargue, Tatet, à moins de 3 kilomètres de là. Au moins jusque dans le dernier quart du VI° siècle, et l’arrivée des Lombards, la survie des domaines ruraux, même très exposés, ne paraît donc pas avoir été réellement mise en cause.

Histoire du Luberon - Copyright © 2004-2008 Jean Méhu

Conception & réalisation : XP-Internet